30 avr. 12

Lettre Ouverte à ...

C'est avec tristesse et résignation que je t'écris ce soir. J'aurais aimé ne pas avoir à en arriver là, mais je me dois de le faire. Je voudrais comprendre ce qui t'est arrivé et surtout comment tu as pu changer aussi vite et aussi radicalement. Il me semble qu'hier encore,  je me laissais porter par l'insouciance de cet art de vivre que tu mettais à ma disposition. Et je suis si triste aujourd'hui de ne plus me sentir à l'aise lorsque je viens vers toi. Comment tout ceci a pu disparaitre aussi vite ? J'essaie de comprendre comment c'est arrivé, mais au fond de moi, je dois admettre que quelles que soient les réponses, je sais déjà ne plus pouvoir revenir vers tes bras. 

archives_privees_0

Déjà, lors de ces dernières années passées à tes côtés, je sentais un certain malaise m'envahir. Lentement, mais surement j'ai commencé à douter de toi et de ta capacité à faire mon bonheur. Tu empruntais des chemins qui ne me rassurait gère, à tel point que je ne me sentais plus rattachée à toi. Et puis, un jour j'ai rencontré un de tes paires. Dès que je l'ai vu, j'ai su que j'étais faite pour vivre chez lui. Il a cette assurance et cette sérénité que tu avais et que tu as perdu. Il a une histoire et des traditions qu'il ne renie pas. Il n'est pas parfait, je le sais bien, mais même si côtés les plus sombre ne me donne pas envie de revenir ver toi. 

Pourtant tu m'as bercé et m'as offert tant de choses. Grâce à toi je descends d'un peuple qui a une histoire et une culture enviées dans le monde entier. Notre langue est synonyme d'amour et de distinction. Les autres que toi me regarde avec respect et un peu de jalousie lorsque je dis être ta fille. On me dit que j'ai de la classe, que j'ai un style reconnaissable que les autres femmes m'envient. On me souffle que ma cuisine est celle des grands chefs et que mon mari a de la chance de pouvoir manger cette cuisine. D'ailleurs les sentiments que je partage avec lui sont encore une chose que je dois à l'éducation que tu m'as offerte. 

Toi, que je peux appeler Mère, m'offre un certain statut aux yeux de tes paires et pourtant, pourtant... Je n'ai plus envie de revendiquer ni d'arborer fièrement ce lien qui me lie à toi. Désormais lorsque je regarde dans ta direction, je ne vois qu'une vieille bourgeoise que l'âge a rendue aigrie, malade, agressif et un rien auto-destructrice. Il n'y a plus de chaleur, de joie ni de vie en toi. Seule sur ce bout de terre tant convoitée, tu hurles désormais face au vent. À force de te répéter inlassablement que les autres sont mieux que toi, tu as réussie à te transformer en cette mégère en haillons que plus personne ne respecte. 

J'ai bien essayé de te donner mon avis, mais tu as nourri de tes peurs tes autres enfants et les ainés ont réussi à convaincre les plus jeunes que suivre ton modèle était le meilleur chemin à emprunter. Aujourd'hui tu les mènes vers la peur, la solitude et la dégradation, telle Don Quichotte partant combattre les moulins à vent. Désormais près de toi,  je ne me sens plus à ma place. Je suis telle une étrangère à tes côtés, ne comprenant même plus tes paroles. Je suis impuissante face au spectacle de ta lente déchéance, me rappelant avec tristesse et nostalgie, tes heures de gloire, où certains de tes enfants avaient réussi à te parer de tes plus beaux atours afin de te montrer au reste du monde. 

Dire que même tes paires commencent à entrevoir ton vraie visage, loin de l'image lisse et Lumineuse qu'il se faisait de toi, écho de ton ancienne gloire. J'ai honte ma Mère de devoir porter ton nom et de voir mes frères se déchirer sur les carcasses de quelques principes stériles, perdant de vue les vrais objectifs. J'ai honte de les voir oublier tout ce qui faisait ta force, honte de voir que les cris ont pris le pas sur la compassion, horrifiée de voir les choix qu'ils ont exprimé lors de notre dernière conseil de famille et déchirée de savoir que tu n'as jamais vraiment accepté et accueilli mon Père dans ton foyer, trop honteuse que tu étais d'admettre une telle alliance avec ce Père venu de l'autre côté de la mer. 

Tu nous as fait tant de mal qu'aujourd'hui je ne me sens plus ton enfant. Pour être tout à fait honnête, je n'ai plus envie de te voir, et c'est finalement sans véritable regret que je viens, par cette lettre te présenter mes adieux, à toi, ma Mère Patrie.

 Inari

Posté par InariChild à 00:03 - - Commentaires [4] - Permalien [#]



Commentaires sur Lettre Ouverte à ...

    Émouvante lettre.
    Je suis sûre qu'elle est sincère.

    Mais tu sais aussi comme on dit si bien dans le bouddhisme que tout est impermanence.

    Ta Mère Patrie a encore bien des chemins rocailleux à arpenter, mais il y a encore pas mal de ses enfants qui se battent par Amour.

    Une patrie, n'est que ce dont on a envie qu'elle soit. Nous la sculptons chaque jour au gré de notre volonté : ceux qui la détruisent, ceux qui la rendent arrogante, ceux qui la soignent, ceux qui la rendent belle, ceux qui la rejoignent, ceux qui la quittent aussi...

    Son visage est multiple, sa terre d'accueil est vaste.

    Personnellement je n'aime pas le mot "adieu" ni "à jamais". La France peut encore être sauvée. L'irréparable n'est pas arrivé.

    Tu sais, ma Mère Patrie à moi, me donne pas mal de fil à retordre et elle est pourtant bien loin. Elle semble agoniser d'une maladie incurable.

    Mais je n'ai pas envie de lui dire adieu.

    Posté par Aizen, 30 avr. 12 à 07:05 | | Répondre
  • Tu écris très bien ce que je pense. Je ne me suis jamais sentie "fière d'être Française", mais plus le temps passe et plus je me sens "étrangère". Un jour on partira d'ici. Je ne dis pas que l'herbe est plus verte ailleurs. Je dis juste que plus ça va, plus le nombre de choses qui me dérangent voire me dégoûtent s'accroît.
    PS : j'ai adoré recevoir ton email, je n'ai pas encore pris le temps de répondre, j'ai honte... mais ma vie "virtuelle" est assez ralentie en ce moment, j'ai juste pas envie de rester derrière un écran (même en ayant retrouvé mes lunettes !)

    Posté par Memy, 30 avr. 12 à 07:46 | | Répondre
  • Très joli texte .
    Félicitations pour ta nouvelle bannière .
    Bises.

    Posté par COCO, 30 avr. 12 à 11:55 | | Répondre
  • @Aizen : Je suppose que chacun exprime ses sentiments à sa façon, mais hélas mon détachement face à la France est bien réel !

    @Memy : Tous pays a ses défauts mais là... on a mis le paquet quand même !
    T"inquiète pas pour le mail, j'attendrai ! ^^

    @COCO : Merchi ! Bises

    Posté par Inari, 08 mai 12 à 14:46 | | Répondre
Nouveau commentaire